Dialogue on the Ideas of Jean Catoire

PROBLEMES SONORES CONTEMPORAINS

Le compositeur Jean CATOIRE a publié en janvier 1968, un article intitulé “problèmes sonores contemporains”. En voici quelques extraits, à méditer sans modération…!

(…) L’auditeur a désappris à écouter, à entendre, même. Les possibilités audio-visuelles, l’ont conduit par des conditions même de son existence à ne plus écouter le son, à ne plus l’entendre parfois. Il a désappris à se concentrer sur le phénomène sonore, et celui-ci est devenu une toile de fond pour sa vie quotidienne, laquelle s’oppose de façon flagrante à tout ce qui pourrait être concentration, contact avec un univers intérieur. S’il va à des concerts, ou s’il fait fonctionner un appareil reproducteur de sons, ce n’est plus qu’un réflexe, déjà machinal, par le truchement duquel il n’est plus capable de percevoir la valeur initiale du phénomène sonore, son essence sacrée”.

(…) Il est trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour vouloir rééduquer l’homme à écouter, trop tard pour les compositeurs de vouloir écrire une musique telle que la concevait l’humanité des 17ème et 18ème siècles, c’est à dire comme un ensemble écouté et compris, comme une somme artistique, comme l’expression d’un humanisme à son apogée. Il faut abandonner l’idée d’écrire de la musique et de faire écouter de la musique.

Mais, en remplaçant progressivement les données sonores actuelles par des données sonores, extérieures à la musique, autres cependant que les données du phénomène incantatoire, mais en gardant toutefois, leur caractère sacré et continu, il serait possible de réaliser des formes nouvelles de l’incantation. Les méthodes vocales et instrumentales pourraient céder la place à des appareils suceptibles de transcrire le son non-sonore d’une manière plus proche de l’archétype, et qui pourraient probablement à l’avenir, réaliser des aspects entièrement neuf de la sonorité, non point des timbres nouveaux, ou des phénomènes de bruitage, mais des sons qui, par leur juxtaposition, susciteraient des possibilités nouvelles de réalisations.”

(…) Afin de remonter à l’essence non-sonore du phénomène acoustique nouveau et, afin de permettre au psychisme de l’homme de percevoir plus pleinement la teneur interne de ces données sonores, il serait nécessaire de supprimer certaines données fondamentales de la musique, telles que les contrastes dus à l’opposition des thèmes, contrastes dus aux oppositions des effets dynamiques, contrastes de timbres, mais avant tout, contrastes rythmiques. Ainsi, en structurant les sons à partir de données élémentaires, uniques et simples, ce qui leur permettrait de se rapprocher des prototypes non-sonores, il serait possible d’élaborer un ensemble homogène, étranger à toute notion de contrastes et de développement.”

(…) La transition des données disparates des structures sonores actuelles à des structures unifiées et logiquement élaborées, permettrait au son de reprendre sa place prépondérante. Ce serait là un phénomène non point artistique (l’art est mort avec le commencement du XXème siècle), mais un phénomène essentiellement sacré. Or le sacré demande une ascèse, un dépouillement que seules, en l’état actuel des choses, les formes nouvelles extra-musicales seraient à même de réaliser.”

  – Jean CATOIRE –                               Copyright/Janvier 1968

PS/ Le compositeur Dominique Dupraz fut un des disciples de Jean CATOIRE. Il a étudié dans sa classe de composition et de direction d’orchestre, au début des années 1970, dans le cadre du Conservatoire Rachmaninoff de Paris. Il a fait jouer, et il a défendu la musique de son maître, à de nombreuses occasions, et encore très récemment, en Octobre 2009, dans le cadre du Groupe musical “Espaces Sonores XXI”, que Dominique Dupraz a créé cette année-là, en collaboration avec le mouvement musical belge de la “New Consonant Music”. Ce concert a réuni des oeuvres pour piano de Jean Catoire et des oeuvres pour chant-piano de Dominique Dupraz, autour de l’intitulé “JEAN CATOIRE ET SES DISCIPLES”, avec les interprètes Eliane REYES pianiste et Elise GÄBELE soprano, au Conservatoire Charles Munch de Paris. Cet évènement a été présenté par le musicologue, pianiste et conférencier, Gérard SUTTON qui a également joué et défendu la musique du Maître à maintes reprises, au cours de multiples concerts, et pendant de nombreuses années.

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